Je ne savais pas que je vous tiendrais la main

Par Stella


Mai 2011, je suis dans le train pour La Roque D’Anthéron. C’est loin. Je vais voir ma cousine Lydie. Ou plutôt « ma Couz’ » pour être exacte. Ça fait plus de deux ans qu’une drôle d’idée me trotte en tête, et mon ingénieure en com de Couz’ m’a dit qu’elle m’aiderait à y voir plus clair.

D’après les copains, elle est un peu « spé » mon idée, ça les fait sourire quand j’en parle. Je voudrais inventer des nouvelles manières de fêter des grands événements de la vie. Dépoussiérer la notion de « rite ». Il paraît que ça s’appelle « cérémonie laïque ». Je n’aime pas ce terme. Et puis c’est tellement moche et kitsch les trucs bizarres que j’ai vus sur le net. Ça parle de mariage rose bonbon à la guimauve. Beaucoup trop américain et chichiteux pour moi…

Moi je suis plutôt « Théâtre des Bouffes du Nord » et festival d’Avignon, je tuerai pour jouer dans le dernier Joël Pommerat et j’ai pleuré toute la nuit quand Pina Bausch est morte. Alors tout ça, très peu pour moi… Non, c’est autre chose qui m’attire : la possibilité étrange de mettre en scène le vivant pour révéler les histoires des autres… Je voudrais que le théâtre quitte les planches et s’immisce un instant dans nos vies … juste le temps de nous rappeler ce qui est beau, même dans cette « vraie vie ».

Je ne savais pas que je vous tiendrai la main.



Ma couz’, elle, commence à me parler d’accompagnement de couple, de cette place si particulière que je vais avoir auprès de ceux pour qui je vais créer des cérémonies. Je ne suis pas convaincue. C’est pas un peu « gnangnan » ça ? Je me dis que c’est sûrement son projet de roman qui lui monte à la tête. Pour l’instant j’imagine plutôt mes « futurs clients » comme des commanditaires dignes du comité de sélection du « In » d’Avignon (les connaisseurs comprendront) qu’il faudra satisfaire en tout point.

Je ne savais que je vous tiendrai la main.

Février 2012. Depuis quelques mois j’ai trouvé et j’accompagne mon premier couple. Ils sont trop beaux… J’apprends à les connaître. Doucement. Faut dire qu’ils ont un sacré caractère ! C’est peut-être aussi pour ça qu’ils m’attirent. Ils sont exigeants, « trendy » et un brin intello. J’adore. Aujourd’hui j’ai rendez-vous dans leur maison de vacances au Cap Ferret. So chic. Ils ont répondu à mon questionnaire de 18 pages et demi ( !) et on doit faire le point ensemble pour que je sois sûre d’avoir bien compris leurs attentes et que j’oriente au mieux mes propositions… qui sont légion. G. me demande alors si je veux bien me balader un peu, sur la plage, avec lui… parce qu’il y a des trucs qu’il n’arrivait pas à dire dans le questionnaire, et que peut-être « en marchant ça ira mieux ». S. me lance un clin d’œil : « c’est une super idée ».

Avec G, on n’a pas marché très longtemps. On s’est assis sur la plage. Il n’a rien dit. Et ce grand et imperturbable garçon a alors écrit dans le sable : « Triste » puis il s’est mis à pleurer. Au début, un vide immense s’est fait en moi. J’avais un peu peur. Je n’étais pas sûre de comprendre. Ce qu’il attendait de moi. Ce que je pouvais lui donner. Il y a eu quelques lourdes minutes de silence entre nous. Et puis je me suis mise à lui parler, très doucement. Je ne sais même pas vraiment d’où ça venait. J’essayais de rassurer ce petit garçon de 4 ans qui avait perdu sa maman, et qui n’était toujours pas prêt, 25 ans après, à lui lâcher la main. On a regardé quelques vagues ensemble. Puis on est reparti. La lumière était magnifique. On est rentrés… tous les deux plus légers.


Je ne savais pas que je vous tiendrais la main.

J’ai appris à vous tenir la main. A travers chacune de vos histoires, confidence après confidence, dans vos larmes et vos sourires, dans NOS fou-rire, et nos gros câlins d’au revoir, j’ai compris que ma Couz’ avait raison et qu’elle avait été plus visionnaire que moi sur ce coup là, je dois l’avouer… Mais je ne savais pas que je savais faire ça. Et encore moins que je le pouvais. Et c’est tant mieux. Ça a poussé dans mon cœur comme une fleur entre deux pavés.

Je ne prends que ce que vous voulez me donner. Même si parfois ça vous demande un peu de courage. Je le reçois toujours comme un cadeau. Et alors, je donne ce que vous êtes prêts à recevoir. Même si parfois ça sonne comme une surprise, une découverte. Je crois que ça s’appelle le partage…


On a beaucoup partagé… des secrets inavouables, des souvenirs compliqués, des amours bafouées (avant de découvrir LE vrai amour), des deuils insurmontables et des enfances volées, oui c’est vrai… Mais aussi des révélations, des vocations, des déclarations d’amour inattendues, des trêves, des réconciliations, des miracles même ! et des retrouvailles, des aveux merveilleux, des illuminations, des défis à la vie, des lettres pour le futur et d’autres venues de l’au-delà (si si !) et bien sûr des rires et des sourires beaucoup beaucoup, des apéros (plein), des déj, des goûters trop sucrés (obligés), et des longues heures à oublier par où on avait commencé.

Je ne savais pas que je vous tiendrais la main et aujourd’hui je sais que tout commence à cet instant précis. Ce moment où on se choisit, tous les 3. Où on décide de faire cette route ensemble. Main dans la main. Je sais aujourd’hui que c’est aussi ça qui fait toute la différence : cette fameuse « préparation de couple autrement ». Votre « voyage prénuptial » dont je suis si touchée d’être la témoin privilégiée. Et je me laisse le droit de m’attacher à vous, de me lier à cette histoire intime pendant quelques mois. Un temps presque entre parenthèse, où l’on se permet de faire bouger les frontières. Pour ré-inventer un autre lien.

Je n’ai pas perdu pour autant mes rêves artistiques. Oh que non. J’ai juste compris qu’à ce jeu-là, tout commençait avec vous. Mes muses.

Et je vous tiens la main.


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